Tout va très bien dans le monde merveilleux du jeu vidéo
Nostick Reloaded ? C’est votre phare dans l'océan de l'actu JV : une infolettre livrée chaque dimanche vous résumant ce qui s'est passé ces derniers jours dans le petit monde du jeu vidéo. Et c'est la merde.
On vide le backlog de la semaine
par Mickaël
Le massacre Xbox
Asha Sharma, la boss de Xbox, veut divertir un milliard de personnes chaque jour. Quoi de mieux pour ce faire que de virer des milliers de gens et de se séparer de studios ? Le « reset » de Xbox est bien sûr la grosse annonce de la semaine, celle dont les conséquences vont se faire ressentir encore très longtemps dans toute l'industrie.
D'abord, quelques chiffres pour montrer l'ampleur du bain de sang. Xbox se sépare dès à présent de 1 600 employés, aussi bien dans le management qu'au sein des nombreux studios du groupe. D'ici la fin de l'année fiscale, c'est à dire le 30 mars 2027, ce sont 1 600 salariés supplémentaires qui se feront couper la tête. Bonne ambiance au bureau dans les prochains mois… 3 200 employés, c'est 1/5e des effectifs de Xbox mine de rien.

« Je suis consciente qu’une restructuration qui s’étale sur un an entraîne des difficultés supplémentaires », euphémise la boss dans son mémo. « Malheureusement, il n’est pas possible de procéder à tous les changements nécessaires en une seule journée », ajoute-t-elle, regrettant probablement de ne pas pouvoir trancher dans le vif autant qu'elle l'aurait voulu.
Ça n'est un secret pour personne, Xbox n'est pas aussi profitable que d'autres filiales de Microsoft. L'activité n'est « pas saine », avec des marges « de 3 à 10 fois inférieures à celles d’entreprises comparables ». Xbox est parti dans cette 9e génération de consoles, celle actuelle, avec le Game Pass en bandoulière, les jeux multiplateforme et un catalogue de contenus doté d'un féroce appétit.
En un trait de plume, Asha Sharma raye le gros de la stratégie menée ces dix dernières années par son prédécesseur, Phil Spencer. Le Game Pass ne s'est pas développé au rythme souhaité : le Wall Street Journal rapportait 30 millions d'abonnés, alors que l'objectif était de 77 millions. Or, l'abonnement devait permettre de financer non seulement de nouveaux jeux, mais aussi compenser pour les coups de mou des titres ayant raté leurs objectifs de vente.
« Pour renouer avec la croissance, nous avons fait toute une série de paris… et, ce faisant, nous avons forcément négligé notre cœur d’activité », a décrypté la dirigeante. « Le premier indicateur d’une stratégie, c’est la manière dont on répartit ses ressources, et nous nous sommes tout simplement trop dispersés. » Il est temps d'interdire à Microsoft et à Sony d'acquérir de nouveaux studios. À cela s'ajoute la crise de la mémoire (la faute à qui ?). Bref, une sacrée tempête.
La CEO de Xbox veut aussi tailler dans le nombre de niveaux hiérarchiques « à 5 maximum, et à 3 lorsque ce sera possible ». Il y en avait auparavant… jusqu'à 14. Microsoft dans toute sa splendeur. Et pour démarrer cette nouvelle organisation sur le bon pied, pourquoi ne pas ajouter une nouvelle couche de management ? Une directrice générale des opérations a en effet été nommée…
Les petits studios rachetés depuis 2018 pour gonfler le catalogue du Game Pass sont priés d'aller voir ailleurs : « Il n’est ni possible ni souhaitable de posséder tous les grands studios indépendants. Nous avons également compris que nous ne sommes pas le meilleur environnement pour tous les types de studios : lors d’une année ordinaire, nous perdions 64 cents pour chaque dollar investi. »
Difficile de parler de bonnes nouvelles dans cet océan de caca, néanmoins on peut se féliciter qu'aucun studio n'ait dû fermer. Mieux encore, si on peut dire, Microsoft a accepté que deux d'entre eux regagnent leur indépendance. C'est le cas de Double Fine, le studio de Tim Shafer acquis en 2019, et qui sort régulièrement des petits jeux « autres » comme Keeper ou Kiln (on lui doit aussi le hit Psychonauts 2).
Sur les réseaux sociaux, Tim et l'équipe de Double Fine remercient Xbox pour les sept années passées ensemble. Le studio créé en 2000 garde la propriété de ses IP, ce qui est un véritable trésor pour tenter de s'en sortir dans une industrie qui croule sous les nouveaux jeux.
Si Double Fine garde plusieurs atouts dans sa manche, le sort de Compulsion – qui gagne lui aussi son indépendance – suscite moins d'optimisme. Il pourra également s'appuyer sur ses jeux passés, dont il garde la propriété. Mais est-ce que Contrast, We Happy Few et South of Midnight sont des bases suffisamment solides ?
« En tant que studio indépendant, nous sommes impatients de poursuivre la création des jeux uniques qui font l’identité de Compulsion, tout en entamant la prochaine étape de notre aventure », affirme le studio montréalais fondé en 2009 et racheté par Microsoft neuf ans plus tard. Dans les deux cas, il va falloir jouer des coudes pour trouver des financements auprès d'éditeurs, et ça ne va pas être évident vu le climat actuel.
Deux autres studios Xbox se sont trouvés un propriétaire, qui reste encore inconnu à l'heure actuelle : il s'agit de Ninja Theory et Undead Labs, qui sont chacun en train de peaufiner de nouveaux jeux. Senua, nouvel opus de la saga Hellblade pour le premier, prévu pour l'année prochaine. Et State of Decay 3 pour le second, qui devrait lui aussi sortir en 2027. Ironiquement, l'open world à base de zombies est un des plus wishlistés sur Steam, en 28e position devant Halo Campaign Evolved et Gears of War: E-Day, deux autres jeux Xbox.
Par conséquent, le nouveau proprio d'Undead Labs va pouvoir tranquillement récupérer tous les fruits des investissements de Microsoft dans State of Decay 3 depuis 2020… Et il n'aura même pas à être distribué sur le Game Pass, d'après Game File. Dans cette histoire, Xbox est perdant sur toute la ligne ! Ce d'autant que dans son mémo, Asha Sharma précise que le financement pour ces deux jeux est assuré.
Le cas d'Arkane Lyon est plus délicat. En vertu du droit du travail français, l'entreprise (propriété de Bethesda) doit en passer par un Comité économique et social (CSE) avant de faire quoi que ce soit. Il est cependant très clair que Xbox veut se débarrasser du studio, deux ans après sa branche américaine d'Austin coupable de Redfall. Et là aussi, on se gratte la tête pour comprendre la raison.
Arkane planchait depuis au moins 2023 sur Marvel's Blade, un jeu d'action aventure se déroulant à Paname et mettant en scène le célèbre diurnambule chasseur de vampires. Un sacré pari pour le studio de Dishonored et Deathloop, mais qui aurait pu être très payant pour Xbox – un peu comme PlayStation avec le Spider-Man d'Insomniac. The Verge rapportait la semaine dernière que Blade, prévu pour cette année, accusait du retard et avait été repoussé à fin 2027. Avec un budget de développement qui aurait explosé.
La vague de licenciements frappe durement tous les studios Xbox. Une des charrettes qui fait le plus mal au cœur est celle qui touche id Software, mais on y revient plus bas car il y a pas mal de choses à dire.
Ce n'est pas la joie du côté de ZeniMax. 166 salariés de ZeniMax Media ont été virés, plus 213 chez ZeniMax Online, un impact brutal pour le studio qui s'occupe de The Elder Scrolls Online. Selon la rumeur, la moitié des équipes de dév' a été licenciée, malgré des chiffres solides : en 2024, le jeu avait dépassé les 24 millions de joueurs et généré 2 milliards de dollars de revenus (15 millions par mois).
ZeniMax, racheté par Microsoft en 2021 pour un peu plus de 8 milliards de dollars, est globalement frappé de plein fouet par la hache de Microsoft. L'avenir d'Arkane Lyon est en pointillé comme on l'a vu, id Software est complètement démembré, mais les autres studios Bethesda sont eux aussi pris dans la nasse.