L'IA envoie Saber contre le mur, le bon vieux temps de Duskfade
C'est encore le cœur de l'été, on a le temps de souffler un petit peu avant l'enfer de septembre et d'octobre, puis qu'un certain GTA 6 signe la fin prématurée de l'année dès le 19 novembre. En attendant, profitons-en pour revenir sur une actualité aussi variée que peu abondante, mais personne ne va s'en plaindre. Et entre la fin des MMO chez Amazon, la sortie du très sympa Duskfade et les dégraissages en tout genre, on ne peut pas dire qu'on se soit ennuyés cette semaine.
On vide le backlog de la semaine
par Mickaël
Le patron de Saber est un gros crétin
Les patrons ne sont pas nos amis, et ce n'est pas Matt Karch qui vous fera changer d'avis. Le boss de Saber s'est enfermé tout seul dans une belle polémique estivale, en s'en prenant nommément à Stella Sacco, l'ex rédactrice principale du studio Unigine qui a développé le simulateur de VTC Rideshare "Stimulator" pour le compte de Saber.
Elle a ainsi affirmé que Saber a forcé Unigine à la remplacer par ChatGPT : « J’étais le scénariste principal sur ce projet ! Et Saber m’a remplacé par ChatGPT en plein milieu du développement. Toutes les voix des passagers étaient également générées par IA. » Elle a été débarquée du jeu fin 2023.
Stella n'en veux pas à son boss d'Unigine, qui s’est opposé à plusieurs reprises au dirigeant de Saber qui poussait pour l’IA. Elle ajoute : « Mais [ce] cadre a insisté : “Les joueurs adorent les nouvelles technologies”, donc utiliser l’IA ferait “un excellent argument marketing”. » Diable. En voilà un qui n'a pas eu le mémo… ou qui n'est pas allé sur internet ces dernières années.
À l'époque, la scénariste a prévenu Matt Karch, « qui est à l'origine de cette poussée vers l'IA » : « les joueurs détestaient déjà l’IA en décembre 2023 et ils la détesteraient encore plus au moment de la sortie du jeu ». Le CEO de Saber ne l'a pas crue. Depuis ces révélations, les commentaires des vidéos YouTube du jeu et de son forum Steam sont logiquement pris d'assaut par des joueurs très colère.
Dans un premier temps, Saber a affirmé que ni l'éditeur ni Unigine n'ont remplacé de scénaristes par de l'IA pour ce jeu « ou pour quelque jeu que ce soit ». L'histoire de Rideshare "Stimulator" a été « entièrement écrite par de vraies personnes ». Mais l'entreprise se contredit en ajoutant dans la foulée qu'un mode expérimental fait appel à l'IA, « puisque le nombre de passagers dans le jeu est infini ».
La défense est déjà quelque peu branlante, et Saber n'arrange pas son cas : alors que Steam l'exige, l'éditeur n'avait pas précisé son utilisation de l'IA générative dans la fiche du jeu. C'est désormais fait… Et c'est là que le patron de Saber décide de remettre un peu d'huile sur le feu. « Stella qui ? J’ai dû demander à Claude, parce que je ne lui ai jamais parlé et que je ne l’ai jamais vue », déclare-t-il élégamment à This Week in Videogames.
« Pour être clair, l’intégralité du scénario de l’histoire a été écrite par une personne qui, si le jeu remportait un prix, pourrait monter sur scène pour le recevoir », poursuit-il. « Nous avions toujours eu l’intention de révéler cela, jusqu’à ce que Stella enfreigne sa clause de confidentialité et rende l’information publique avant que nous soyons prêts. »
Quant à l'usage d'IA dans le jeu, il a toujours été prévu, selon lui, de l'indiquer sur Steam. « Nous considérons que notre utilisation de l’IA dans ce jeu en particulier, qui sera vendu à un prix relativement bas, constitue un avantage pour les consommateurs », indique-t-il aussi comme un gros benêt aveugle qu'il est.
Karch indique que Stella Sacco a été remplacée par « quelqu'un de plus talentueux ». Toujours très élégant, il conclut qu'« avec le recul, j’aurais franchement été heureux de remplacer [Stella] par une IA. Au moins, nous aurions affaire à quelqu’un programmé pour être honnête. »
Il est tout de même resté un petit fond d'humanité à l'abruti de la semaine : vendredi soir, il s'est finalement excusé auprès de Stella, ainsi qu'elle l'a rapporté hier. Elle détaille : « Il s’est excusé sans réserve pour la façon déplorable dont il a parlé de moi dans la presse (…) Matt m’a dit qu’il regrettait d’avoir fait monter la tension, ainsi que la manière dont certaines personnes parlaient de moi en ligne ». Pour elle les insultes font partie de son quotidien malheureusement (« je suis une femme trans »), le plus pénible étant que ses compétences et sa réputation ont été publiquement dénigrées par quelqu'un qui possède du pouvoir.
Pour la suite, « Matt a exprimé le souhait d’arranger les choses avec moi. Pour l’instant, je ne sais pas vraiment ce que cela pourrait signifier pour moi ». Mais en tout cas, elle accepte ces excuses. En revanche, « rien de tout cela ne change ma position sur l’IA. Matt et moi sommes manifestement en désaccord sur ce sujet et, en tant que PDG, c’est à lui d’assumer les conséquences de son utilisation, lesquelles retombent malheureusement aussi sur ses employés. »
Tout est bien qui finit bien ? Probablement pas, Saber ayant entaché son image de marque et planté l'éventuel succès qu'aurait pu engranger Rideshare "Stimulator".
Amazon arrête les frais sur les MMO
Il fut un temps où Amazon Games nourrissait les plus grandes ambitions sur le marché des MMO. Hélas, ça ne rapporte pas un rond ces bestiaux-là, c'est pourquoi Amazon mise désormais sur le service de streaming de jeux Luna et une version IA d'Arnold Schwarzenegger, plutôt que sur ces gros jeux gourmands en ressources et pas évident à vendre aux masses incultes. C'est ce qui a conduit au débranchage des serveurs de New World, prévu pour janvier prochain.
Amazon Games a décidé de réduire encore davantage la voilure, en refilant deux des MMO publiés par ses soins sur les marchés occidentaux à d'autres qui veulent bien s'en occuper. Les Coréens de Smilegate et de FirstSpark Games (filiale du géant NCSoft) reprennent sous leur aile respectivement Lost Ark et Throne and Liberty. Cela ne les changera pas beaucoup, puisque ces jeux ont été développés par ces studios et les opèrent en Asie. Il se trouve simplement qu'Amazon Games ne veut plus s'occuper des opérations en Amérique du Nord et en Europe.